Diner à New-York, un guide intime, par Rian James

Mis à jour : mars 31

(Traduit de l'anglais vers le français - Version originale plus bas)


AVANT-PROPOS

Quand l’auteur découvre qu’il y a véritablement une raison à ce livre.

Lorsque le gentleman aux étiquettes de bagages toutes neuves, à peine rentré « d’avoir vu le monde en trente-deux jours (Tour 737) », lève les yeux au ciel avec regret et remet au goût du jour la rengaine qui commence par : « Ah, à Paris, on dîne vraiment. A New York on mange vraiment ... » il ne reste que deux choses à faire. Vous pouvez lui tirer dessus – si la saison le permet – ou vous pouvez écrire un livre.

Après avoir laissé notre abonnement au gros gibier expirer, nous votions pour l’écriture d’un livre. Car après tout, on dîne à New-York aussi, pourvu que l’on soit équipé de bonnes adresses. Et si l’on ne mange pas de façon aussi bruyante à Paris qu’à New-York, on a besoin de manger avec tout autant de goût. Car dans cette ville d’homme, le bruit n’est pas un critère d’appréciation culinaire. Un simple claquement de langue ici vous colle une étiquette, pas celle d’un gourmet, mais celle d’un bas-front qui doit passer au moins quinze minutes par jour dans un fauteuil rembourré avec un ouvrage d’Emily Post.

Nous voulons qu’aucun des visiteurs de passage ne rentre chez lui avec en tête l’idée que New-York ou sa composante principale Manhattan – nommée par les Indiens Manna-ha-ta, ou Lieu d’Ebriété – n’est qu’une collection de vendeurs de sandwichs B.&G., de cafétérias Thompson One-Arn, de Coffee pots et de Blue Kitchens ! Et de plus, nous ne voulons pas que vous, qui vivez ici à New-York, le pensiez également.

Car dans cette même ville, nous nous sommes assis dans un petit restaurant Indien et avons regardé un serveur parsi aux longs cheveux verser du vin de feuille de rose dans un petit verre, alors qu’un orchestre indigène faisait vibrer sa Stein Song sur d’énormes instruments monocordes, et un battement saccadé à l’allure d’un doux staccato. Nous avons mangé du caviar Beluga en compagnie de guitares gitanes dans une cave de l’East side, et par-delà une façade en mince pierres marrons, nous avons posé nos regards sur un grand arménien à la peau brune dévorant un festin de Shish kebab et Takla-gam.

Nous avons mangé des crevettes et de l’ananas dans un minuscule restaurant chinois, pendant qu’un garçon chinois lisait Keats à voix haute devant une cheminée ; et au cœur du secteur des théâtres, nous avons mangé les Frijoles, chilis mexicains et Tarnales les plus goutus de ce côté de Juarez, ou San Anton’, au moins.

Nous nous sommes vautrés dans le Smorgasbord suédois, des tables en étaient recouvertes, et nous l’avons fait glisser avec une bière indigène parfaitement légale et des plus délicieuses ; et nous vous mettons au défi de trouver dans toute la France de meilleures crêpes suzette que celles de Greenwich Village !

Dans les coins et recoins de Manhattan nous avons mangé des palourdes alcienne, des moules marinières, de la bouillabaisse – oui, de la bouillabaisse qui ferait saliver Pruneier de Paris ; et nous avons mangé de la choucroute, des pommes de terre Kloesse amenées par un serveur en short et chapeau tyroliens que la Bavière ne saurait mieux vanter.

Nous avons bu du Tamarind, servi par un serveur hindou qui louchait à Fez. Nous avons mangé de la vrai sole anglaise dans le poêlon d’un ancien Chef de sa Majesté, et du Strudel à la pomme de ceux que vous ne trouveriez pas à travers tout le Unter den Linden !

Nous avons mangé du poulet au paprika et du choux avec Mohn dans une maison d’un petit quartier tchécoslovaque, et du goulash dans un quartier où ils n’ont jamais entendu parler d’un sandwich toasté à trois étages. Et dans le quartier juif roumain nous avons goûté du raifort, du foie d’oie fumé, et du Gefältefish, tandis que des femmes dodues aux dents dorées, tourbillonnaient dans les dédales complexes de Kazatzka.

Nous avons mangé du hareng séché, cru, dans une réplique toute petite de la Scandinavie ; nous nous sommes émerveillés des Scallopinis, Zuccinis et Zabaglionis dans la petite Italie de Manhattan, et avons trouvé les tentacules de la pieuvre en ordre et gouteuses dans le quartier espagnol.

Nous avons regardé un pied tendre japonais cuisiner du bœuf Sukiyaki à la commande, à notre table ; et le Rae et Boer noir qui vous rendait fou à Paris, abonde dans la petite France disséminée de Manhattan. Nous avons mangé de l’Edam centenaire et une tarte au fromage divine dans l’ombre du plus formidable des gratte-ciels de New-York, du riz au poulet dans le Greenwich Village, et des currys plus chauds qu’un final de Sophie Tucker, dans un restaurant détenu par un australien et géré par un ancien ambassadeur.

En bref, nous avons mangé à la manière Syrienne, hollandaise, italienne et mongole ; bu les vins des serbes, des parsis et des français, pour n’en nommer que certains, et lorsque nous nous arrêtons et pensons au fait que New-York est jugée quotidiennement à ses automates et cafeterias « self-service » qui efficaces, quoique non épicuriens, se multiplient dans les rues, nous pourrions nous effondrer en larmes sur un policier. En réalité, c’est ce que nous venons de faire, il ne s’agissait simplement pas d’un policier mais d’un serveur. Ce fut lors d’un de ces moments larmoyants que nous avons pensé à ce livre. Et nous y voici.

Et avant d’oublier, nous n’avons pas essayé d’inclure tous les restaurants de New-York, mais seulement ceux qui par leur cuisine supérieure, leur divertissement ou atmosphère, se distinguent haut la main et où l’on passe les meilleurs moments.

PS : Un gentleman à l’esprit mathématique, n’ayant eu rien de mieux à faire pendant les quatre derniers vendredis successifs, nous dit qu’il y a 18 763 restaurants à Manhattan seulement, ce qui lui laisse tout Brooklyn, le Queens, Richmond et le Bronx pour s’amuser et cela n’inclut pas les S.&J’s, les Meal-A-Minute’s, les Coffee Pots, les C.&Q’s et leur affilés. Vous trouverez ceux-ci proprement répertorié dans l’annuaire.

VERSION ORIGINALE :


Dining in New York, an intimate guide, by Rian James.

FOREWORD

Wherein the author discovers that there actually is a reason for this book.

When the gentleman with the brand new baggage labels, just back from ‘seeing the world in thirty-two days (Tour 737),” rolls his eyes regretfully and restores to circulation the old saw that begins: “Ah, in Paris, one really dines. In New York one really eats…” there are two things you can do. You can shoot him -provided it’s within the proper season – or you can write a book.

Having allowed our big game license to lapse, we elected to write a book. For after all, one dines in New York too, if one is properly equipped with addresses. And if one doesn’t eat quite as noisily in New York as in Paris, at least one need eat with no less gusto. For in this man’s town, noise is no yardstick to culinary appreciation. A single smack of the lips here brands you, not as a gourmet, but as a low-brow who ought to spend at least fifteen minutes a day in an easy chair with a copy of Emily Post.

What we’re driving at is that we don’t want any of the visitors to run along home with the idea that New York, or its chief component part, Manhattan -named by the Indians Manna-ha-ta, or Place of Drunkenness- is simply a collection of B. & G. Sandwich shops, Thompson One-Arm cafeterias, Coffee pots and Blue kitchens! And what’s more, we don’t want you, who live right here in New York, to think it either.

For in this very same city, we’ve sat in a little East Indian restaurant and watched a long haired Parsee waiter pour rose-leaf wine into a low, squat glass, while a native orchestra twanged its native Stein Song on huge, one stringed instruments, and a torn-torn beat in soft staccato time. We’ve eaten Beluga caviar to the accompaniment of a Gipsy guitar in an east side cellar, and in a forlorn brown-stone front we’ve looked on a large, swarthy Armenian feasting himself on Shish-kebab and Takla-gam.

We’ve eaten shrimps and pineapple in a tiny Chinese restaurant, while a Chinese boy read Keats aloud before an open fire-place; and in the very heart of the Theater Sector, we’ve had the tastiest Frijoles, Mexican Chili, and Hot Tarnales to be had this side of Juarez, or San Anton’, at least.

We’ve wallowed in Swedish Smorgasbord, whole tables full of it, and washed it down with perfectly legal, wholly delightful native beer; and we defy you to find better Crêpes Suzette in all of France than you’ll find right here in Greenwich Village !

In the nooks and crannies of Manhattan we’ve eaten Clams Alcienne, Moule Marinière and Bouillabaisse – yea, BOUILLABAISSE that Pruneier of Paris would smack his lips over; and we’ve eaten Sauerkraten and Kartoffel Kloesse, brought on by a waiter in short pants and a Tyrolean Hat, than which Bavaria boasts no better.

We’ve drunk Tamarind, served by a cross eyed Hindu waiter in Fez. We’ve eaten genuine English sole from the skillet of a one time Royal Chef, and Apfelstrudel, the like of which you won’t come upon in all the length and breadth of Unter den Linden!

We’ve eaten Chicken Paprika and Sauerkraut, with Mohn, in a little Czecho-Slovakian neighbourhood Haus, and Goulash in a neighbourhood where they’ve never even heard of a triple-decked toasted sandwich. And in the Rumanian Jewish quarter we’ve had black radishes, smoked goose liver, and gefâlte fish, while plump bagled, gold toothed ladies whirled in the intricacies of the Kazatzka.

We’ve eaten dried, raw herring in a tiny replica of Scandinavia; we’ve reveled in Scallopini, Zuccini and Zabaglioni in Manhattan’s Little Italy, and found the tentacles of the Octopus both tidy and tasty in the Spanish Quarter.

We’ve watched a soft-footed Japanese cook beef Sukiyaki to order, at our very table; and the Rae et Boer Noir that you raved about in Paris, abounds in Manhattan’s scattered Little France. We’ve eaten hundred-year-old Edam Cheese and heavenly cheese pie in the shadow of the New York’s most formidable sky scraper, Arroz con Pollo in Greenwich Village, and curries that are hotter than a Sophie Tucker finale, in a restaurant owned by an Australian and run by a former Ambassador.

In short, we’ve eaten food in the Syrian, the Dutch, the Italian and the Mongolian manner; drunk the wines of the Serbs, the Parsees and the French, to name only a few, and when we stop to think that New York is daily being judged by the Automats and the Self-Service cafeterias which raise their efficient, albeit non-epicurian heads nine to the block, we could break right down and cry on a policeman. As a matter of fact, that’s just what we did, only it wasn’t on a policeman, but on a waiter. It was in the midst of one of these weeping spells that we thought of this book. And there you are.

And before we forget, we have made no attempt whatever to include all the restaurants of New York, but merely those which, by reason of superior cuisine, entertainment or atmosphere, stand-out high, wide and apart, And by the by, do have their nicest sort of time.

PS: A gentleman, with a mathematical mind, having had nothing better to do for the last four successive Fridays, tells us that there are 18 763 restaurants in Manhattan alone, which still leaves all of Brooklyn, Queens, Richmond and the Bronx for him to play around with, and this doesn’t include the S.&J’s, the Meal-A-Minute’s, The Coffee Pots, the C.&Q’s, and their affiliated filling stations either. You’ll find these capably handled in the Telephone Book.

https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=uc1.$b282092;view=1up;seq=2;size=75



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